mardi 10 avril 2018

Soigner une personne à distance


Il n’est rien de plus douloureux que d’être touché par la souffrance d’autrui et de se sentir démuni, impuissant, incapable de rien faire.

Bien sûr, on pourrait imaginer qu’il suffit alors de s’endurcir, de devenir indifférent pour se sentir  épargné. Mais cela n’aurait pas d’efficacité réelle : comment pourrait- on être heureux seul, alors que les autres êtres seraient plongés dans la souffrance ?

La solution consiste donc à agir pour le bien d’autrui. Heureusement,  le Yoga nous offre une technique formidable, à la fois simple, puissante et rapide pour nous permettre de soulager autrui. Cette technique consiste à transmettre notre énergie vitale.

Comme le Yoga nous l’apprend, l’énergie vitale, appelée Prana, est maitrisée par l’esprit. Les nombreuses pratiques de Pranayama nous permettent ainsi d’emmagasiner le Prana présent dans l’air que nous inspirons, de le répartir dans notre corps subtil et de le transférer à volonté.

Pour accomplir une pratique si excellente il convient de réunir plusieurs conditions extrêmement simples avec lesquelles vous êtes déjà familiarisés.

. La posture juste

Il est nécessaire de s’installer en posture méditative car ce n’est qu’à cette condition que l’énergie peut être distribuée harmonieusement dans les milliers de canaux de notre corps subtil et que notre esprit peut être maitrisé.

Il convient ensuite de réunir trois forces.

. La force de l’amour altruiste.

Nous sommes touchés par la souffrance d’autrui ; elle nous est insupportable. Cette sensibilité à la vie d’autrui, loin de constituer un handicap dont il faudrait se débarrasser en devenant « dur », constitue une haute qualité morale que les Yogis ne cessent de développer. La première phase du Yoga, Yama, qui regroupe différentes prescriptions, enjoint de développer Ahimsa, la non-violence. Par-delà la simple abstention de tuer, ou simplement de nuire, il s’agit d’accomplir un flot d’actions vertueuses consacrées au bien d’autrui.

Les Yogis s’entrainent donc constamment à développer l’amour des autres êtres afin de leur porter secours.

Comme nous sommes peu entrainés pour le moment, nous allons tourner notre esprit vers une personne qui nous est spontanément chère. Nous savons que cette personne ne se porte pas bien sur le plan physique,   ou mental, ou bien les deux à la fois.  Quand nous aurons plus développé les qualités de notre esprit, il nous sera possible alors d’envelopper de notre bienveillance des êtres qui nous paraissent plus neutres, voire même hostiles. Mais, un tel élargissement de notre esprit suppose d’avoir préalablement intégré la loi de causalité, ce qui n’est peut- être pas encore le cas.

. La force de la concentration

Nous nous représentons la personne devant nous, même si savons qu’elle se trouve géographiquement à des centaines de kilomètres. Les contingences physiques, par définition, ne peuvent constituer des obstacles à la circulation de l’énergie qui peut traverser l’espace en un instant. Nous pouvons nous représenter cette personne assise ou allongée, cela n’a pas d’impact sur le soin. Nous devons garder l’image de cette personne bien stable en mémoire.

. La force de la technique

Nous allons envoyer notre énergie durant notre expiration en mettant en œuvre une respiration particulière qui comprend une phase de rétention de souffle, poumons pleins, nommée Kumbhaka.  Cette respiration se décompose  ainsi : 2- 8 -4 . Il faut ainsi compter 2 temps lors de l’inspiration, puis retenir le souffle durant huit temps et expirer durant quatre temps.  A l’occasion de l’inspiration nous prenons l’énergie vitale qui est dans l’air ; puis, au cours de la rétention, nous canalisons cette énergie au niveau du centre du cœur (anahata chakra) ; enfin, lors de l’expiration nous envoyons cette énergie en visualisant des rayons de lumière jaunes qui partent de notre cœur et parviennent instantanément à l’autre personne. Nous voyons, à l’expression de son visage, que cette énergie lui fait du bien, nous ressentons qu’elle se sent soulagée, apaisée, soignée. Générer un tel sentiment est indispensable pour l’efficacité du soin.

Il est souhaitable d’accomplir cette pratique durant cinq minutes pour commencer, afin de nous familiariser et de préserver un esprit bien concentré. Plus tard,  quand nous serons plus entrainés, nous pourrons agir pendant un quart d’heure.

Il est nécessaire, après avoir envoyé l’énergie, de reconstituer notre stock, de recharger nos batteries. C’est pourquoi  nous devons continuer à prendre quelques respirations particulières avec Kumbhaka (rétention poumon pleins), mais sans plus émettre de rayons lumineux. Nous pensons que le Prana que nous emmagasinons au niveau du chakra du cœur lors de la rétention de souffle, se trouve ensuite diffusé dans tous les canaux de notre corps subtil au moment de l’expiration. Ce temps pendant lequel nous rechargeons nos accumulateurs sera égal à la moitié du temps que nous avions consacré à émettre l’énergie vers l’autre personne.

CONCLUSION

Cette pratique est excellente car elle va vous permettre de soulager la souffrance d’autrui. Elle nous aide ainsi à développer un amour authentique à l’égard des êtres. Elle constitue aussi une aide précieuse pour développer la concentration. Enfin, elle constitue l’armure la plus puissante qu’on puisse revêtir pour se protéger : en prenant soin d’autrui, on prend soin de soi, ce que la loi du karma nous enseigne.

Christian Ledain

mercredi 14 mars 2018

la concentration



Swami Shivananda
La concentration représente une phase avancée de la pratique du Yoga. Dans les huit étapes de  l’Ashtanga Yoga (Yoga en Huit membres) énumérées par Patanjali, Dharana (concentration) prend ainsi place après les prescriptions (Yama), les réfrènements (Nyama), les postures (Asana), la maitrise du souffle  (Pranayama) et  le retrait des sens (Pratyahara). La concentration précède ainsi les deux phases ultimes du Raja Yoga : la méditation (Dhyana)  et l’extase (Samadhi).
Un tel ordonnancement correspond à l’évolution intérieure du Yogi qui chemine progressivement vers la Libération. Dans le déroulement d’une séance collective on va retrouver une telle ascension. Ainsi, l’orientation particulière donnée au cours de nos pensées, en générant une excellente motivation, correspond à l’affirmation de l’éthique (Yama et Niyama). Une telle régulation de l’esprit s’accomplit en posture méditative (asana). Ensuite, survient le placement de la respiration correcte et la régulation du souffle subtil (Pranayama). Se retirant en lui-même (Pratyahara), le Yogi peut alors développer la concentration (Dharana).
Le type de concentration dont nous parlent les Yogis, nous ne savons pas bien, en vérité, de quoi il s’agit. Nous utilisons, bien sûr, le terme de concentration pour parler de nos activités ordinaires. Ainsi, tel  juriste qui traite un dossier contentieux génère une forme de concentration. De même, tel joueur d’échecs rassemble les forces de son esprit sur une série de combinaisons lors d’une partie. Néanmoins, l’objet sur lequel l’attention se trouve posé est toujours en mouvement : dans le raisonnement qui se trouve élaboré, telle pensée conduit à une autre pensée qui elle-même débouche sur une autre pensée…Ainsi, l’objet sur lequel l’attention se trouve appliquée change constamment.
Avec Dharana, il en va tout autrement : le support de concentration reste fixe, il ne change pas. L’esprit demeure focalisé dessus, instant après instant. Tandis que dans la concentration ordinaire on semblait égrener une à une les perles d’un collier, dans Dharana, on reste focalisé sur une perle. Une telle forme de concentration permet alors de développer des qualités particulières que la focalisation sur un point en mouvement ne permet pas d’atteindre. Nous savons que certains Yogis parviennent ainsi à développer des pouvoirs merveilleux (siddhis), tels que la lévitation. Reconnaissons que les grands maîtres d’échecs parviennent rarement à se déplacer dans l’espace, hormis en avion !
Pratiquer Dharana va nous être utile à plus d’un titre. Nous allons tout d’abord développer des capacités ordinaires. Nous allons ainsi accomplir avec plus d’aisance nos tâches intellectuelles quotidiennes, qu’elles soient scolaires ou  professionnelles. Nous allons ainsi devenir beaucoup plus efficaces. Combien de fois ai-je trouvé, au sortir d’une pratique de concentration, des solutions à des difficultés qui me semblaient jusqu’alors insurmontables! Des tâches que je différais depuis plusieurs semaines, se trouvaient d’un seul coup dénouées dans mon esprit. Non seulement je savais clairement ce que j’avais à accomplir, mais je disposais des ressources pour les mettre en œuvre sur le champ ! Le professionnel, féru de gestion et de rationalisation des choix, dont l’emploi du temps est surchargé, devrait prendre en compte cet argument économique imparable : canaliser l’esprit constitue un investissement extrêmement rentable ! Les quelques minutes quotidiennement consacrées à la pratique seront très largement compensées par des gains de productivité supérieurs.
Hormis l’aide que la concentration va nous apporter pour nos tâches intellectuelles ordinaires, Dharana va nous permettre de développer des facultés ensommeillées. Nous pourrons ainsi, si nous nous appliquons avec patience et régularité, développer des pouvoirs merveilleux, tels que la clairvoyance, la claire-audition, qui nous permettront d’aider plus efficacement les autres êtres.
Enfin, la concentration va nous permettre de développer la sagesse et de dissiper les illusions qui obscurcissent notre esprit et nous empêchent de percevoir la nature fondamentale des phénomènes. C’est en cela que la concentration ouvre sur la phase suivante du Raja Yoga, la méditation profonde (Dhyana).
J’espère avoir ainsi éveillé votre intérêt pour la concentration qui représente le début de ce que Patanjali considère comme le véritable Yoga, le Yoga intérieur (Antaranga), les phases précédentes correspondant à une simple propédeutique, le Yoga extérieur (Bahiranga)[ cf. Le Yoga de Patanjali, des résultats, P110].

1.       Définition


« La concentration est la fixation  de l’activité mentale en un lieu précis » (YS III, 1) énonce de façon lapidaire Patanjali. Une telle définition met en évidence deux caractéristiques. 
Il s’agit, tout d’abord, de réunir les forces mentales qui sont ordinairement dispersées. En effet, dans son fonctionnement habituel notre esprit est constamment happé par les perceptions sensorielles et agité par le flot incessant des pensées et des émotions. Il ressemble alors à un arbre dans lequel sévit une bande de singes : ils passent leur temps à s’y chinoiser, à s’exciter les uns les autres, à s’affairer sans repos. La concentration consiste donc à focaliser l’esprit sur un point.
De plus, comme nous l’avons dit, ce support de concentration doit être fixe : il demeure identique durant tout le temps de la pratique. Ainsi, lorsque des pensées, si vertueuses, si géniales soient elles, s’élèvent, le Yogi s’en détourne, ne se laissant pas entrainer par ces distractions qui ne semblent naitre que pour le détourner de sa pratique.
Chaque fois qu’il surprend son esprit à vagabonder, le Yogi replace doucement, mais fermement son attention sur le support qu’il a choisi. La concentration conduit ainsi à une dissolution temporaire de la pensée. Cette dissolution est extrêmement féconde : les forces de l’esprit éparpillées vont pouvoir se rassembler et lui conférer une force insoupçonnée jusqu’alors.  

2.       Le choix d’un support de concentration approprié


Les commentateurs de Patanjali ont, au fil des siècles, précisé les différents supports de concentration qui pouvaient être retenus.
Ce qu’il est essentiel pour nous de retenir c’est qu’on doit adopter un support de concentration avec lequel on se sent en accord. Et celui qui nous convient est celui avec lequel on se sent bien.
On peut regrouper ces supports en plusieurs catégories :

. Les supports neutres et les supports religieux


Les supports neutres sont des phénomènes ordinaires. Ce sont des objets des sens perceptibles par tous les êtres. Ils ne nécessitent aucune croyance religieuse et ne peuvent donc soulever aucune réticence dans l’esprit des pratiquants.
L’attention se porte ainsi sur les perceptions sensorielles : un son, une image, un toucher, une odeur ou un gout.
On pourra donc se focaliser sur un bruit répétitif, tel que le flux et le reflux des vagues, le tic-tac d’une horloge ancienne, ou bien le goutte à goutte d’un robinet, si vous avez  la paresse d’appeler le plombier !
On pourra aussi fixer des yeux une forme physique placée à l’extérieur de soi : un point sur le mur,  l’image d’une personne inspirante, le stylo posé sur la table … On pourra ensuite se concentrer sur une image mentale, ce qui est plus puissant. Ainsi, après avoir regardé l’objet, en avoir perçu clairement les caractéristiques,  je ferme les yeux pour faire apparaitre dans mon esprit l’image de cet objet. Et chaque fois que cette image perd de sa netteté, je rouvre les yeux pour la rafraichir.
On peut aussi se concentrer sur un toucher, par exemple la sensation du passage de l’air dans les fosses nasales.
Les supports religieux sont excellents, dès lors que le pratiquant adhère pleinement à la spiritualité qui les sous-tend. Ainsi, un dévot hindou pourra se focaliser sur l’image de sa divinité d’élection (Ishta dévata), tel que Shiva, ou un avatar de Vishnu. De même, un pratiquant chrétien pourra visualiser une image du Christ ou de la Vierge, tout en récitant telle ou telle prière. Enfin, un  adepte bouddhiste pourra visualiser sa déité de méditation (Yidam), en récitant le mantra qui lui correspond.
De tels supports sont très puissants dès lors, rappelons-le qu’ils s’accordent intimement aux  convictions spirituelles de l’adepte.

. les supports externes et les supports internes


Les supports externes sont des objets placés à l’extérieur de soi et qui donnent lieu à des perceptions sensorielles. Nous en avons parlé précédemment.
Les supports internes sont des points particuliers du corps ou des phénomènes créés dans l’esprit.
                . des points particuliers du corps
Le Yogi peut placer son attention sur tel ou tel centre énergétique (chakra) afin de développer telle ou telle qualité. La concentration au bas de la colonne (muladhara chakra) favorisera ainsi l’activation de l’énergie (Kundalini). Le choix du centre du cœur (Anahatha chakra) permettra l’expansion du sentiment d’amour et de la dévotion. L’attention au point situé entre les sourcils (Ajna chakra) permettra le développement des pouvoirs de l’esprit.
L’attention peut aussi être placée à d’autres endroits du corps, tels que l’entrée des narines, ou à l’intérieur des fosses nasales.
                . des phénomènes mentaux
Le Yogi  peut générer dans son esprit des images mentales, ou bien réciter intérieurement certains sons. Par exemple, l’adepte visualisera l’image d’un point, d’une lettre sanscrite, ou la forme du corps d’un être inspirant. Il pourra aussi réciter tel mantra, soit seul, soit en effectuant la visualisation.
Le choix du support de concentration se fera en fonction des capacités du pratiquant. Dans la mesure où, au fil des semaines, ces capacités vont se déployer, le support de concentration pourra lui aussi évoluer et devenir de plus en plus riche et complexe.
Il est parfois proposé lors d’un  cours de Yoga de réciter le mantra « So Ham », qui signifie « Je suis Cela ». A l’inspiration l’adepte récite le son « So », tandis qu’à l’expiration il prononce le son « Ham ».  Une telle pratique est excellente et convient très bien aux adeptes du Védanta  pour lesquels l’âme individuelle est de la même nature que le Soi, l’Absolu. Mais une telle récitation ne conviendrait peut être ni à l’adepte d’une autre religion, ni à une personne  athée. Par ailleurs, une telle récitation serait sans doute de peu d’utilité si elle ne constituait qu’un vernis exotique, sans impliquer une adhésion profonde de la personne.
De même la récitation du mantra Om, accompagnée ou non de la visualisation de la lettre sanscrite, est source de bienfaits excellents. Elle produira pleinement ses effets si l’adepte perçoit dans ce mantra le son à l’origine de la création de l’univers.
Ainsi, les supports de concentration peuvent être très variés. Certains correspondent à des usages spécifiques. Les pratiquants du Yoga n’ayant pas d’engagement spirituel particulier auront tout intérêt, dans un premier temps à utiliser un support neutre. Ils pourront ensuite, en fonction de leurs progrès, adopter un support religieux, s’ils perçoivent que cela leur est bénéfique.
Nous présenterons un peu plus loin une pratique spécifique particulièrement adaptée aux adeptes occidentaux du Yoga.
 

3.       LES CONDITIONS PREALABLES  


Pour s’engager dans la concentration il faut avoir antérieurement réuni plusieurs conditions. Cela ne va pas nous demander d’effort particulier car ces précautions correspondent aux phases préliminaires du Yoga qui ont été assimilées par le pratiquant.
On pourrait naïvement se demander : « Mais pourquoi s’embarrasser de telles conditions préalables ? Ne pourrait-on pas simplement de maitriser l’esprit, un point c’est tout ?! »  La réponse est qu’il  n’est jamais possible de disjoindre ce qui est nécessairement articulé : la pensée, le corps physique et le corps énergétique forment un tout, un ensemble cohérent. Ainsi, la concentration, qui constitue indiscutablement une discipline mentale, ne peut être menée à bien que si le corps physique et le corps énergétique sont pleinement pris en compte.

 . générer la motivation correcte


On commence par générer le souhait d’obtenir de grands bienfaits (un bonheur durable, de nombreuses vertus, un esprit puissant et stable) pour accomplir notre bien et celui des autres êtres. Il serait malvenu d’aspirer au développement des capacités de l’esprit pour réaliser plus efficacement le braquage d’une banque !
Cette orientation donnée à notre esprit correspond aux deux premières phases  de l’Ashtanga Yoga, Yama (prescriptions) et Nyama (réfrènements)  qui définissent les règles éthiques indispensables à la pratique.
Est-il nécessaire de préciser que la consommation d’excitants (café, thé trop forts) et de façon générale tous les comportements qui nuisent à la santé rendront plus difficile le développement du calme intérieur ?

. s’installer en posture méditative


Pour que l’activité mentale soit régulée, le corps doit maintenant être placé dans une attitude particulière. La colonne vertébrale doit être droite pour permettre aux souffles subtils de circuler correctement. Il est recommandé d’avoir les yeux entrouverts afin d’éviter la distraction et la torpeur. La pointe de la langue placée à l’avant du palais et le regard dans le prolongement du nez vous aideront aussi fortement.
Les personnes qui ne peuvent adopter ni Padmasana (lotus), ni Siddhasana (posture parfaite), pourront s’installer en Sukhasana (posture confortable, dite du tailleur), ou bien assis sur un tabouret.
L’adoption de la posture méditative correspond à la troisième phase de l’Ashtanga Yoga : Asana.

 . disposer de suffisamment d’énergie vitale


La concentration vise à faire converger l’activité mentale sur un point unique afin de développer la puissance de notre esprit. Il est donc nécessaire de disposer de suffisamment de ressources intérieures pour canaliser ce flux.
Les exercices de Pranayama, qui constituent la quatrième phase de l’Ashtanga Yoga, y pourvoiront.

. générer une attention aiguisée


Il ne suffit pas de décréter le calme mental pour que notre esprit devienne instantanément stable ! On voudrait qu’il en soit ainsi, on se croit maitre chez soi, dans notre esprit. Mais, on découvre qu’on ne maitrise finalement pas grand-chose, et c’est alors une grande déconvenue. Il faut donc dépasser cette blessure d’orgueil.
Pour éviter qu’on se mette à suivre les pensées qui ne manqueront pas de s’élever dans notre esprit agité, il faut générer une vigilance particulière. Il faudrait susciter l’attention que déploie une personne qui doit traverser un précipice à l’aide d’une planchette de bois. Il est certain que dans une telle situation, on ne se  laisserait pas distraire par un moustique et que notre esprit ne dévirait pas  de l’endroit où l’on doit poser le pied.
 S’étant représenté cela très clairement, on peut alors s’engager avec assurance dans la pratique.

4.       UN EXEMPLE CONCRET : L’ATTENTION AU SOUFFLE


Après avoir apporté ces précisions, il nous est maintenant possible de nous avancer avec assurance dans la pratique. Je vous propose de mettre en œuvre un exemple particulier de concentration nommé  « l’attention au souffle ». Dans la mesure où nos cours s’adressent à un public occidental et qu’ils s’adressent à tous, il nous a paru nécessaire d’utiliser une pratique totalement laïque qui ne fasse donc appel à aucune considération religieuse.
Cette pratique a aussi le mérite d’être extrêmement facile à comprendre, ce qui facilitera grandement sa mise en œuvre.

. Descriptif d’une séance


Pour vous rendre les choses aisées, vous pouvez suivre le déroulement suivant, en marquant des poses chaque fois que nécessaire.
« Je m’installe confortablement le dos bien droit…dans un endroit calme… Je souhaite développer les forces de mon esprit pour m’aider moi-même et aider les autres… Je génère une grande vigilance en m’imaginant traverser un précipice…  aussitôt je me sens centré… Je place alors mon attention à l’intérieur de mes fosses nasales … Je prends alors pleinement conscience de l’inspiration qui émerge,… qui se déploie, …puis qui s’achève … Puis je prends pleinement conscience de l’expiration qui se déclenche…qui se déploie … et se termine… Et cela, instant après instant… Sans m’intéresser aux perceptions sensorielles, ni aux pensées qui s’élèvent parfois… Je les reconnais et les laissent se dissoudre. Elles retournent à l’esprit d’où elles se sont élevées….Tout comme les vagues qui sont nées de l’océan y retournent………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………. »

. Précisions complémentaires


Une pratique quotidienne de dix minutes sera un excellent commencement et amènera indiscutablement une transformation de l’esprit sur le long terme. Comme on prendra rapidement gout à cette discipline, on ne s’empêchera pas de prolonger plus longtemps cette pratique : un quart d’heure, puis peut-être une demi-heure, comme cela se fait traditionnellement dans les monastères. Les Yogis, grâce à la force née de l’entrainement, peuvent demeurer aussi longtemps qu’ils le souhaitent dans cette pratique.
Il est possible, et même souhaitable, de s’adonner à la pratique plusieurs fois par jour, tout dépend de vos objectifs et de vos capacités. Swami Shivananda recommande quatre sessions : 04h00, 08h00, 16h00 et  20h00. Mais je pourrais aisément vous faire une dérogation pour la première session du matin !
Dans cette pratique on ne régule pas la respiration, on ne la contrôle pas comme on s’y efforce dans les exercices de Pranayama : on la laisse s’accomplir naturellement, spontanément. On ne va pas non plus intellectualiser la respiration, l’analyser : on ressent simplement, pleinement le passage de l’air, et cela de façon continue.
Chaque fois que l’esprit se surprend à vagabonder, on le ramène doucement, mais fermement sur le support de concentration, tout comme un maitre, qui promène son chien en laisse, le ramène de temps à autres dans la bonne direction ! On s’abstient alors d’être contrarié. Inversement, on se dispensera de générer de l’orgueil si notre concentration se déploie avec aisance. Parfois l’esprit nous semblera aussi lisse qu’une mer étale, parfois, l’esprit nous semblera aussi démonté qu’un  océan déchainé : c’est cela pratiquer. Quoi qu’il advienne, on poursuivra simplement avec constance, application, en mettant de la distance avec ce jeu d’illusions.
Les occidentaux sont très pressés, ils voudraient que tout se passe aussi vite qu’avec leur smartphone. Mais l’esprit n’est pas une machine. Les progrès seront donc progressifs et il ne faut pas s’attendre un calme olympien immédiat. Ainsi, ce n’est pas au moment même où je m’assois et que je décide que mon esprit soit calme qu’il va nécessairement s’exécuter. Une telle croyance révélerait une bonne dose d’ignorance et d’orgueil !
Toutefois, les progrès seront certains, et si à la fin de ma séance, je constate que mon esprit est toujours agité, je n’en déduirai pas pour autant que ma pratique a été dépourvue d’efficacité. C’est un point essentiel qui doit être bien compris : ce n’est pas au moment où je pratique que je recueille les fruits de la pratique, de la même façon que ce n’est pas au moment où je plante une graine dans la terre que j’obtiens un arbre et des fruits (cf. notre article sur le karma). Je recueillerai inéluctablement les conséquences positives de ma pratique. Ce sera peut-être une demie heure après la fin de ma séance que je prendrai conscience que mon esprit est plus paisible. Ce sera peut-être le lendemain que quelqu’un me fera une observation avec laquelle je me serais autrement blessé et que j’écarterai d’un geste de la main en me disant : « l’esprit de cette personne est sous l’emprise d’une perturbation. Je ne suis pas obligé de me sentir mal du fait des paroles prononcées par un esprit perturbé ! » Et je gagnerai ainsi en paix intérieure et en liberté.

CONCLUSION


Que vous pratiquiez modérément, ou de façon assidue, les bienfaits de votre pratique seront excellents et vous pourrez toujours vous féliciter d’avoir progressé ne serait-ce que d’un pas dans la bonne direction, ce qui vaudra toujours mieux que d’avoir tourné en rond, voire s’être engagé dans un chemin de traverse.
Pour mesurer votre évolution dans la pratique du Yoga, Swami Shivananda donne une indication précieuse : « Si vous concentrez votre esprit sur un point pendant 12 secondes, c’est Dharana. Douze Dharanas sera une Dhyana (méditation). Douze méditations feront Samadhi (superconscience). (Swami Shivananda , Triple Yoga Lesson Twelve, page 60)
Bon, évidemment, d’autres auteurs donnent des recommandations plus strictes : « Si cette absorption , pendant laquelle toute respiration est suspendue , dure dix minutes, c’est ce que les hatha-yogin appelent le retrait des sens (pratyahara) ; si elle dure deux heures , c’est ce qu’ils nomment concentration (Dharana) ; si elle dure un jour entier, c’est ce qu’ils nomment méditation (Dhyana), et si elle dure douze jours continument, c’est ce qu’ils nomment samadhi ».(Tara Michael, Les Voies du  Yoga, page 231)
Mais, au fond, l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe est d’avancer, de pratiquer avec confiance et détermination. Vous percevrez nécessairement vos progrès. Ainsi, quand vous vous rendez à Marseille en voiture, vous croisez bien des panneaux indicateurs qui vous signalent que vous êtes sur la bonne route et que vous vous rapprochez du but. Et quand vous aurez les pieds dans l’eau, vous saurez par votre propre expérience vous avez atteint votre destination !
                                                                                                  Christian Ledain
                                                                                                  Christianledain@wanadoo.fr
Bibliographie
Phan Chon Tôn , Le Yoga de Patanjali, éditions Adyar, Hindouisme, 2000
Pierre Feuga et Tara Michael, Le Yoga , Que sais-je, PUF , 2012
Tara Michael, Les Voies du  Yoga, Edition du Rocher,  Points, collection Sagesse, 2011
Swami Shivananda, Triple Yoga, Divine Life society Publication  ISBN 81-7052-009-6, 1999

 

dimanche 31 décembre 2017

Rishi ayant réalisé le siddha de l’Immortalité


Le maître dont je suis les enseignements a souhaité que vous puissiez bénéficier des bienfaits d’une représentation qu’il a bénie.

La contemplation d’un tel support peut être d’une très grande force pour celle ou celui dont l’esprit est ouvert.  Demeurer en sa présence, ne serait-ce que peu d’instants, concourt à éliminer tout signe de malheur et à écarter tout danger de mort prématurée. Un tel support peut aussi accroitre le bonheur, la richesse, le pouvoir, la vie et le mérite.

La présentation d’une telle peinture est particulierment propice à ce moment où nous mettons en œuvre des pratiques de Hatha Yoga destinées à vous permettre de disposer d’une très longue existence dépourvue de maladie.

 

Les Yogis authentiques obtiennent la réalisation de différents pouvoirs qui dépassent de beaucoup nos capacités d’êtres ordinaires. Parmi ces réalisations figure le siddha de l’Immortalité.

Connaitre l’existence de tels pouvoirs est très inspirant et peut faire germer dans notre esprit le souhait de développer de telles qualités. L’esprit tendu vers de telles réalisations, notre vie quotidienne devient alors une succession d’instants précieux que nous allons utiliser pour réaliser notre propre bien et celui des autres.

Plusieurs conditions excellentes se trouvent actuellement réunies pour vous permettre d’obtenir de très grands bienfaits : vous contemplez une représentation authentique, bénie par un maitre excellent ; votre esprit est inspiré par le souhait de vous délivrer de tout problème de santé ; vous avez accès à des techniques de Yoga, puissantes, transmises depuis de nombreux siècles; vous disposez aussi d’un corps possédant les qualités requises pour mettre en œuvre ces pratiques. Tout cela forme une conjonction d’événements particulièrement favorables dont il serait regrettable de ne pas profiter  !

 

La peinture que vous contemplez représente un paysage naturel d’une très grande pureté. Ce paysage est peuplé d’êtres vivants : des animaux et un être humain.

Sur cette peinture figurent six signes de longue vie. Chacun de ces signes constitue le présage d’une très longue existence. Réunis, leur force s’en trouve encore considérablement accrue.

En haut à gauche figure la montagne de longue vie. Ce rocher possède sept qualités dont l’immuabilité et l’indestructibilité.

De cette roche jaillit le nectar de longue vie. Il s’écoule de façon ininterrompue et forme une rivière qui se répand.

A droite, se dresse l’arbre de longue vie. Il absorbe le nectar par ses racines. Ses branches sont chargées des fruits aux huit saveurs excellentes qui confèrent à leur tour une longue vie aux êtres qui les consomment.

Sur le devant, l’antilope de longue vie et  l’oiseau de longue vie entourent l’homme assis.  Ces deux animaux paisibles se nourrissent des fruits tombés de l’arbre. Ils bénéficient donc, à leur tour, d’une très longue existence.

Enfin, le personnage central est un Rishi, un grand voyant qui a réalisé le siddha de l’immortalité. Il réside dans la joie. Malgré son très grand âge, que révèle son crâne dégarni, il dispose d’un corps physique puissant et vigoureux. Entouré de l’antilope et de l’oiseau, dont il prend soin, il procède à un rituel traditionnel. Cette offrande d’eau est accomplie en direction de plusieurs classes d’êtres, dont le Maitre, des déités, les êtres vivants en général, et certains êtres envers lesquels le Rishi avait contracté antérieurement une dette karmique. Cette offrande d’eau constitue un puissant rituel de purification.

Ces signes auspicieux se trouvent ici réunis sur un support qui sert à la méditation. Comme nous l’avons indiqué, la scène représentée montre que rien, dans la nature, n’émane de soi, mais que tout procède d’autre chose : du rocher émane le nectar de longue vie ; celui-ci alimente l’arbre qui produit alors des fruits de longue vie, qui vont à leur tour conférer une très longue existence aux êtres qui les consomment…Tel est ainsi l’ordre de la nature que le Yogi médite pour intégrer la sagesse.

En dehors de telles peintures, les signes auspicieux sont souvent représentés sur les murs des maisons. Placés à l’intérieur du foyer, à côté de la porte d’entrée, ils constituent de puissants signes de protection.

 

Même si en cette vie nous ne réalisons pas le siddha de l’Immortalité, tel le Rishi ici représenté, il est néanmoins indubitable que nous pouvons accéder à une très longue existence si nous profitons pleinement des circonstances favorables qui se trouvent actuellement réunies. L’application aux techniques du Yoga, la confiance dans la pratique, une peinture inspirante bénie par un Maître authentique, une conduite droite inspirée de nobles idéaux : tout cela concourra à mettre à distance les maladies et vous permettra de disposer d’une très longue vie heureuse.

Le Maître qui m’a remis cette peinture et l’a imprégnée de sa bénédiction l’a fait spécialement à cet effet. Qu’il soit ici infiniment remercié !

jeudi 14 décembre 2017

Ujjayi Pranayama




Les Yogis identifient plusieurs causes aux problèmes de santé dont souffrent les êtres humains. Certains troubles ont ainsi une origine lointaine et sont la conséquence d’actes négatifs antérieurs.  Le remède véritable consistera donc à purifier l’esprit de ses souillures.
La seconde cause, plus proche, est d’ordre énergétique : une circulation incorrecte de l’énergie vitale dans le corps subtil entrainera à moyen terme un trouble de la santé. Les pratiques du Pranayama (Maitrise du souffle subtil) fournissent des remèdes très puissants et variés pour traiter ces difficultés.
Enfin, les troubles de la santé peuvent avoir une cause matérielle très proche et résulter de conditions de vie néfaste : mauvaise alimentation, pollution, contamination par une bactérie, un virus… Si la médecine traditionnelle indienne a développé depuis longtemps des remèdes, la puissance des traitements déployés par la médecine occidentale moderne est universellement reconnue.
Comme on le perçoit aisément, ces trois approches se complètent et s’enrichissent mutuellement. La première orientation est à la fois spirituelle et psychologique, la seconde énergétique et la dernière matérielle.
Dans la mesure où l’être humain est composé d’un esprit, d’un corps énergétique et d’un corps physique, une approche globale du soin nécessiterait de n’exclure aucune de ces trois dimensions, qui sont d’ailleurs en étroite relation les unes avec les autres.
Ujjayi constitue l’une des techniques énergétiques les plus surprenantes. En dépit de son caractère extrêmement efficace beaucoup d’Occidentaux rechignent à la mettre en œuvre, sans doute en raison d’un blocage psychologique : Ujjayi fait produire un son rauque avec la gorge que d’aucuns peuvent trouver disgracieux, voire incongru. Mais les Yogis se soucient assez peu des convenances sociales, si leur santé est à ce prix.
Selon l’étymologie la plus fréquemment retenue, Ujjayi signifie « victorieux » en sanskrit, ce qui laisse en suspens la question naturelle : « victorieux, mais de quoi ? ». Pour les Yogis, Ujjayi pranayama permet de triompher de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Cela signifie concrètement que, grâce à la puissance thérapeutique de cette technique, de nombreuses maladies vont pouvoir être mises à distance, le vieillissement du corps sera retardé et la vie de l’adepte sera ainsi prolongée au-delà des limites fréquemment admises.
Il est bien évident que si cet exercice se trouve mis en œuvre dans le cadre d’une pratique spirituelle authentique, comme c’est traditionnellement le cas, les vertus d‘Ujjayi Pranayama se trouveront décuplées.
Ujjayi pranayama constitue donc une des pratiques de longue vie les plus célèbres et les plus efficaces.

1.      Une pratique confidentielle

Ujjayi ne peut être mise en œuvre de façon sécurisée qu’à condition de respecter scrupuleusement plusieurs principes.
Tout d’abord, le pratiquant doit être inspiré par une motivation véritablement pure. Au minimum, les adeptes du Yoga cherchent à se libérer de leurs difficultés et à atteindre un excellent état de santé. Les pratiquants authentiques aspirent même à développer de grandes capacités pour aider de façon puissante et désintéressée tous les êtres vivants. Par conséquent, toute personne qui serait inspirée par une motivation futile (accroitre sa capacité respiratoire pour faire de l’apnée), ou franchement mauvaise (développer des pouvoirs pour nuire à autrui), en subirait immanquablement des conséquences rigoureuses.
Compte tenu de la puissance d’ Ujjay Pranayama, les instructions de pratique doivent être respectées rigoureusement. Elles sont heureusement très faciles à comprendre et à mémoriser.
Comme il s’agit d’une pratique de maitrise du souffle subtil, ses bienfaits vont se déployer essentiellement à moyen terme. La mise en œuvre d’Ujjayi, comme nous le verrons, ne peut être que progressive et requiert donc un peu de patience. Les personnes pressées auront grand intérêt à se détourner de cet exercice.

2.      Une mise en œuvre sécurisée

Comme toutes les techniques de Pranayama, Ujjayi se pratique habituellement en posture méditative. Cependant, le Hatha Yoga Pradipika et Swami Shivananda relèvent qu’elle peut être accomplie debout, soit en position statique, soit en marchant. Dans ces deux cas, Jalandhara bandha ne sera pas placé (cf . Commentaire du HYP).
On veillera à ce que la colonne vertébrale reste bien droite pour permettre la circulation correcte des souffles subtils. Si la colonne fait l’objet d’une déformation (scoliose), on fera du mieux possible : on redressera le dos et on se représentera mentalement la colonne parfaitement verticale.
Trois phases de la pratique doivent être dissociées :

. l’inspiration

Il s’agit de la phase la plus spectaculaire, mais non de la plus importante.
Ujjayi Pranayama est immédiatement reconnaissable au son qu’il produit. L’air est inspiré lentement, régulièrement, par les deux narines jusqu’à ce que les poumons soient remplis complètement. Cette inspiration se fait en obturant pour partie la glotte qui est le passage qu’emprunte l’air inspiré après son entrée dans l’arrière-gorge (pharynx), juste avant sa descente dans le larynx. Le rétrécissement du passage de l’air induit par Ujjayi produit une vibration qui provoque ce bruit si caractéristique.
D’ailleurs, en posant délicatement les doigts d’une main sur le bas de la gorge, quelques centimètres sous le menton, on peut aisément sentir que c’est en cet endroit que la vibration se trouve émise.
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Pour réaliser à coup sûr l’inspiration correcte, imaginez que vous inspirez directement par le bas de la gorge, comme si vous aviez subi une trachéotomie. C’est certain, présenté ainsi, c’est peu engageant mais, cela me permet immédiatement de pratiquer de façon juste ! Si cela vous convient mieux vous pouvez penser à cette réflexion d’une personne qui m’entendait pratiquer : « Mais, c’est la respiration de Dark Vaddor ! »
Certains produiront le son d’une mobylette pétaradant, d’autres croiront entendre le son d’un animal marin, du genre « baleine en détresse » : ne vous laissez pas impressionner. Si c’est « bizarre », c’est à coup sûr juste ! .

. la rétention de souffle

Une fois les poumons pleins, on installe jalandhara bandha en déglutissant et abaissant le menton. L’air est ainsi retenu dans les poumons.
Cette phase est la plus importante et doit être accomplie avec vigilance. La rétention du souffle ne doit, en effet, pas être molle, indolente, accomplie sans effort car les résultats seraient alors superficiels, presqu’inexistants. Cependant, l’effort produit ne doit pas être brutal, violent, excessif. La rétention doit ainsi, à chaque instant, être maintenue sans jamais excéder les capacités de l’adepte.
Pour être certain de pratiquer correctement il faut relâcher l’air quand on perçoit que c’est nécessaire. Pour cela, une approche progressive est indispensable. Ainsi, quand on découvre la pratique on ne retient l’air que quelques secondes parce que notre organisme nous enjoint d’expirer. Quand on est un peu plus entrainé, on doit toujours pratiquer avec la vigilance du débutant : la rétention dure sans doute un peu plus longtemps, mais on expire toujours au moment précis où l’on ressent que cela est nécessaire. Il faut donc absolument éviter de « vouloir faire un chrono » ! Les amateurs de compétition doivent se détourner immédiatement d’Ujjayyi, leur esprit n’est pas prêt. Ujjayyi ne peut être abordée qu’avec la patience et l’application qui commande à la maitrise d’un éléphant sauvage. Le Prana qui siège dans le cœur peut être maitrisé par le Yogi à la condition de s’appliquer avec un effort maitrisé. Sans quoi le cœur sera brisé !

. l’expiration

On obture la narine droite avec le pouce droit et l’on expire à gauche. L’expiration doit être accomplie lentement. Cette indication est fondamentale car toute expiration rapide amènerait le pratiquant à perdre de sa force.
L’expiration doit, en outre, être régulière, menée sans à-coup, sur un tempo uniforme.
Elle doit, enfin, être complète, c’est-à-dire conduire à un vidage total des poumons.
Une fois ce cycle accompli, on recommence.
Accomplie cinq minutes par jour, cette pratique est excellente et procure de grands bienfaits.

3.      Des résultats étonnants

Ce Pranayama permet tout d’abord d’équilibrer les trois éléments constitutifs de notre corps selon la médecine traditionnelle indienne. En particulier Ujjayi Pranayama traite les maladies qui procèdent d’un déséquilibre de l’élément feu et de l’élément air.
Ujjayyi Pranayama élimine les différentes affections du système respiratoire, non seulement les troubles concernant la zone des fosses nasales, du pharynx et du larynx, mais aussi les maladies pulmonaires. Ujjayi sera ainsi particulièrement précieux pour traiter les allergies respiratoires dues à la présence d’un composant particulier dans l’air, ainsi que l’asthme, la rhinopharyngite, l’angine, la bronchiolite, le rhume.
Par ailleurs, Ujjayi « abolit les défauts des nadis »(* HYR ,53). Cette pratique permet ainsi de corriger la structure des canaux à l’intérieur desquels l’énergie circule. En effet, avec l’âge, le corps énergétique, tout comme le corps physique, se dégradent. La mise en œuvre d’Ujjayyi permet ainsi de lui conserver son intégrité.
Certains troubles mentaux se trouvent grandement soulagés : état dépressif, anxiété, crise de nerfs.
Le feu digestif est déployé, ce qui permet une excellente assimilation des aliments, tant en ce qui concerne leurs constituants chimiques que le Prana qu’ils recèlent. Ceci se traduit extérieurement, selon Swami Shivananda, par l’obtention d’une belle couleur de peau, d’un très joli teint.

conclusion

Ujjayi Pranayama s’adresse aux pratiquants authentiques, seuls inspirés par les objectifs élevés du Yoga. Sa mise en œuvre requiert patience et application. Mais ses vertus sont étonnantes : elles changeront profondément, et pour le meilleur, votre vie.
Christian Ledain
 
Bibliographie :
André van Lysebeth, Pranayama, Flammarion,  chapitre sur Ujjayi , pages-221-228
Swami Shivananda, La science du Pranayama, Centre International de Yoga Védanta, P.78
Hatha Yoga Pradipika, édition Fayard, IIe partie, versets 51 à 53